Japon,  Programme vacances travail au Japon (ou Working Holiday Visa)

WWOOFing à Monbetsu

Ça y est, dernière ligne droite avant que l’aventure ne débute vraiment. Même si la Thaïlande était une aventure en soi, l’escale nous a paru si irréelle que c’est comme si ce n’était jamais arrivé.

Fort heureusement, en ce qui me concerne, j’ai réussi à dormir pendant les 6 heures d’avion qu’il nous restait, histoire de regagner des forces.

En arrivant à Chitose-Sapporo, nous recevons enfin notre précieux sésame : la “resident card”. C’est elle qui atteste que nous sommes officiellement résidentes au Japon (comme vous l’avez de toute façon compris aha et de façon temporaire évidemment).

 

Quoi de mieux après un onsen que de manger un tonkatsu pour fêter notre retour au Japon ?

La première chose dont nous avons besoin en arrivant à l’aéroport après autant d’avion et une journée sous la chaleur poisseuse est une douche, d’autant plus que nous devons prendre un bus pour 5 heures, nous ne supportons plus de nous sentir sales. Dès notre arrivée, nous demandons donc à un employé si nous pouvons trouver des douches. Quelle douce sensation celle de pouvoir enfin communiquer et comprendre sans trop de problèmes ! C’est alors que notre interlocuteur nous répond tristement : “malheureusement non mais…il y a un onsen (vous rappelez-vous de ces bains publics brûlants dont Aurélie et moi sommes si friandes ?)…Il est un peu cher mais c’est tout ce qu’il y a”. Un ONSEN ! Nous croyons rêver. Un onsen dans un aéroport fera parfaitement l’affaire en “remplacement” (j’appellerai même plutôt ça un “surclassement” haha) de douche, peu importe le prix. Nous ne pouvons rêver meilleur retour au Japon pour être honnête. Surtout quand le-dit bain est à l’extérieur et que la neige tombe dedans ! Je remercie la personne géniale qui a pensé à installer un onsen dans un aéroport, d’autant plus que si je ne m’abuse, l’aéroport de Chitose est unique en cela. Toutefois, il est bon de savoir qu’il est interdit aux tatouages.

Malheureusement, nous ne pouvons pas rester longtemps. Nous n’avons pas de temps pour visiter la ville car, je vous le disais, nous devons prendre un bus pour rejoindre Kamishokotsu, la ville de notre prochain WWOOFing. Le bus était spacieux, chaque siège était un par un, si bien que nous avons une nouvelle fois dormi tout le long du trajet.

En arrivant, nous comprenons que le WWOOFing a déjà commencé. Personne aux alentours, et alors qu’il est assez tôt (19h peut-être ?), il fait nuit d’un noir très profond. Le froid est tout aussi pénétrant ! C’est la fille de notre hôte qui est venue nous chercher.

Taiyobokujo, la fameuse ferme
Taiyobokujo, la fameuse ferme

La première impression avec la maison est, comment dire, chaotique ? Je sais que nous ne pouvons pas nous attendre à un grand luxe sachant qu’on travaille chez des fermiers, mais le bazar est assez impressionnant. Mais le plus marquant est leur chienne, Cinamon, qui doit être en phase terminale d’un quelconque cancer avec comme une grosse tumeur au museau et une boule énorme qui pend de son ventre, qui crache du sang et du pus dès qu’elle approche l’un de nos plats. Au passage, je rappelle qu’au Japon, on mange sur une table basse assis au sol. Autant dire que Cinamon crache littéralement dans nos assiettes.

Vous savez à quel point j’aime les animaux. Je ressens vraiment beaucoup de peine pour cette chienne, mais c’est surtout après les maîtres que j’en ai. Ils ne devraient pas laisser leur chienne souffrir de la sorte et ils devraient l’éduquer de façon à ce qu’elle n’importune pas les gens, surtout quand on mange, surtout quand ils voient que Aurélie en a peur…

Cinamon, toujours là pour nous.
Cinamon, toujours là pour nous.

Par ailleurs, la nourriture est le plus gros point positif de cette expérience. Elle est toujours bonne et en grande quantité. Les petits-déjeuners sont aussi appréciables étant donné que nous sommes dans une ferme où il fabrique ses propres confitures de lait aromatisées (caramel, citrouille, sel, menthe etc.). Dommage que la chienne nous ait choisies pour cible à chaque repas, ce qui fait que nous ne pouvons pas toujours nous délecter de nos plats tant l’odeur est nauséabonde.

Ah, vraiment ? Je pensais que c'était le cuisinier...
Ah, vraiment ? Je pensais que c’était nous…

Je pensais avoir vraiment extrêmement froid, mais ce n’est pas si insoutenable. Sauf la nuit, puisque nous n’avons pas le droit d’allumer le chauffage (une question d’économie). Plusieurs fois nous nous réveillons car nos visages sont congelés.
Après naturellement, nous ne pouvions jamais rester très longtemps à l’extérieur. Aussi il faut savoir qu’au Japon il n’y a pas de chauffage comme nous le connaissons. Ils ont des espèces de poêles à essence, qui puent et chauffent d’une chaleur malsaine. Sinon, c’est un poêle à bois, ou encore les climatisations. Naturellement, nous avons celui à essence.

Le travail auprès des vaches est intéressant. Ce n’est un secret pour personne, mais les vaches sont des êtres à la fois très curieux et peureux. Elles sont aussi vraiment sensibles et j’ai souvent entendu dire que les vaches avaient des “meilleures amies”, ce que j’ai pu vérifier ! C’est très touchant. Ainsi, Aurélie et moi savons désormais traire des vaches, même si pour le plus gros de la traite, notre hôte utilise une machine. Je vous passe les détails du nettoyage des abris.

Là où tout se passe. Enfin la traite quoi.
Là où tout se passe. Enfin la traite quoi.

En plus des vaches, j’avais vraiment hâte de découvrir comment faire des confitures de lait et autres sirops. Et bien, il s’avère que c’est le travail qui me plaît le moins. Tout ce que nous faisons, c’est remuer le lait dans la casserole. Jamais notre hôte ne nous laisse faire notre propre confiture. De plus, normalement, nous avons cru comprendre qu’il possède un endroit spécialement prévu à la fabrication des confitures, mais jamais il ne l’utilise. Nous les faisons toujours dans la cuisine, les casseroles posées à terre avec Cinamon qui vient déposer ses poils et autres bactéries de sa maladie inconnue. De temps en temps, nous cassons, enfin Aurélie casse, des fleurs hanamasu séchées. Les particules sont tellement fines qu’elles s’infiltrent dans la peau et brûlent les yeux, la gorge et les endroits sensibles comme pliures de bras et certainement les poumons. Quand nous lui demandons si c’est sécurisé de faire ça, il nous répond tout penaud : “Je ne sais pas”. Bon…Là on comprend qu’il ne sait pas vraiment ce qu’il fait et que l’hygiène est le cadet de ses soucis.

Equipement minimum requis par nos soins
Equipement minimum requis par nos soins pour écraser les hanamasu

Le gros problème, une nouvelle fois, est que nous n’avons jamais d’explication. Aucune astuce, jamais un conseil, rien du tout, pour n’importe quelle tâche. Pour faire simple, nous sommes de simples mains-d’oeuvre gratuites, rien de plus. Voire des esclaves, car si nous voulions devenir des expertes en vaisselle, c’est désormais chose faite. Toujours sous l’injonction : “lave-ça”, puis “ça” et même vers la fin un simple signe de tête. Les horaires sont aussi très variables, le premier jour, nous avons travaillé de 7h30 jusqu’à 20h30 par exemple. Heureusement sa fille a mis le holà.

Le seul moment que nous attendons est d’aller au centre de la glace à Monbetsu, la grande ville du coin à 20 minutes en voiture. A ce moment, nous avons l’impression de renouer avec la civilisation, d’autant que nous avons bien sympathisé avec un employé du centre. Lui parler nous redonne espoir en l’humanité, en notre voyage. Mais le but de notre venue dans ce centre est d’installer un stand pour vendre les confitures avant que un ou deux groupes de visiteurs ne passent.  

Le stand
Le stand
Avec notre ami du centre !
Avec notre ami du centre !

L’un des points les plus positifs de notre expérience est que nous avons vu un Tanuki ! Vous savez, ces statues étranges, presque flippantes parfois, que l’on voit partout de cet animal étrange ? C’est un tanuki ! En vérité, c’est presque exactement comme un raton-laveur mais en marron. Pour être honnête, je croyais qu’un tanuki était un personnage mythique japonais haha. Je pourrais m’arrêter là, mais même l’expérience du tanuki est bafouée… L’un deux s’est infiltré dans une salle extérieure de la maison, donc notre hôte a voulu le faire fuir, de façon très brusque… Et ce tanuki semblait lui aussi malade. Sachant que Nana, l’une des vaches, était aussi malade, on commence à se poser des questions.

Pour rappel, une photo de statue de tanuki qui date de cet été…Quand je disais presque flippante haha

Par contre, question neige, nous sommes ravies. Chaque jour il neige presque 10 cm, c’est magnifique ! Les routes en sont totalement recouvertes, les paysages sont tous vêtus de leurs manteaux blancs.

Oui, oui les voitures roulent ici. Et pas toujours doucement.
Oui, oui les voitures roulent ici. Et pas toujours doucement.

Paysage pris par Aurélie, avec son portable
Paysage pris par Aurélie, avec son portable

Nous avons peu de jour de repos, mais de toutes façons, impossible d’aller où que ce soit avec toute cette neige. D’autant plus qu’il n’y a rien autour de notre seule ferme sur quelques kilomètres aux environs. Toutefois, un jour, nous réussissons à nous échapper, pendant que notre hôte vend dans un magasin de souvenirs ses confitures empoisonnées, sur une plage magnifique de sable noir, recouverte de neige !

La mer !
La mer !

Et après 15 jours où notre hôte nous promet qu’il nous emmènerait à plusieurs endroits, deux nouvelles WWOOFeuses, des Taïwanaises sont arrivées. Tous ensemble, nous allons donc à un onsen dans les montagnes. A part une autre sortie à Monbetsu dans un “sanctuaire” pour les otaries, c’est tout ce que nous avons fait.

Sanctuaire des otaries
Sanctuaire des otaries
Nos nouvelles collègues, pour une durée écourtée
Nos nouvelles collègues, pour une durée écourtée

Ecrire ces lignes me fait me sentir ingrate, mais il faut savoir que nous avons eu beaucoup de promesses non tenues. D’autant plus que pas une seule fois il ne s’est intéressé à nos vies, ne nous a remerciées , ne nous a encouragées. Pour la première fois de ma vie, je suis heureuse qu’il y ait la télé. Sans elle, nos soirées seraient bien mornes. Si je puis me permettre une parenthèse sur la TV japonaise, je veux d’abord dire qu’elle est similaire à celle en France. J’entends par là qu’ils maintiennent aussi un climat d’anxiété. En France, on a les terroristes, à Hokkaidô, ils ont la Corée du Nord. Et pourtant, même pour un sujet aussi important, ils utilisent des personnages kawaii , c’est intéressant à voir ! De plus, cela nous permet de faire travailler notre japonais.  La tension est moins palpable quand sa fille est là, mais elle rentre tard du travail. Et même à la fin, nous commençons à avoir un conflit avec sa fille par rapport à leur chienne qui ne cessait de nous cracher ses râles à la figure.  Néanmoins, pour notre départ, nous avons droit à un super repas de Noël à la japonaise préparé par sa fille, avec un très bon gâteau en dessert ! J’en suis reconnaissante.

Le repas de Noël
Le repas de Noël

Ceci dit, pour notre départ, nous avons droit à un super repas de Noël à la japonaise préparé par sa fille, avec un très bon gâteau en dessert ! J'en suis reconnaissante.

Après cet éclairage très subjectif, vous comprenez que nous aimerions partir d’ici. C’est alors que nous tombons sur une annonce sur le site “workaway” d’une guesthouse à Sapporo qui recherche des volontaires. Ni une ni deux, nous postulons. Quelques jours plus tard, après un rapide entretien via internet, nous sommes prises ! Ainsi, le 24 décembre, nous quittons cet endroit démoniaque. Passer Noël ici nous semblait bien trop triste.

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