Amérique du Nord,  Canada

Et la Taïga aux autres saisons alors ? 

L'une des dernières aurores boréales visible de la saison.
L’une des dernières aurores boréales visible de la saison.

Ou de la sauvageté

Je l’ai dit dans l’article précédent. Suite à notre saison d’hiver, Dante et moi sommes embauchés pour le printemps, puis plus tard encore, comme aide-charpentiers en été. Imaginez-moi faire la danse de la victoire car c’est exactement comme ça que je le ressens. Une victoire pour une femme dans un monde du travail plutôt sexiste, au Canada aussi ! Lucie aura le même plaisir, donc double point pour l’entreprise. Enfin surtout pour Mark qui est à l’origine de cette demande.

Mais là, ,je vais m’étaler longuement sur la nature. C’est Lucie qui me conseille vivement de rester. Elle a bien saisi qui je suis, donc je sais que je dois lui faire confiance. C’aurait été un affront de ne pas le faire. Une fois de plus, elle a raison.

NB : Les noms sont plus ou moins changés, en fonction de qui a voulu voir son vrai nom apparaître ou non.

Visites de Prince George aux Territoires du Nord-Ouest

Notre visite de Prince George se marque tout d’abord par la chère visite de mon prince à moi, Eric, mais aussi de sa femme, Holly, et leurs enfants. Comme toujours, fidèle à son poste, outre nous offrir logis et matériel, c’est un joyeux mélange de bonheur et construction.

Pour la faire en version rapide car d’une, très honnêtement je n’ai pas mes notes sous les yeux et me souviens peu des étapes précises, et de deux, cet article équivaudrait à un roman si je détaillais le tout ; voici plutôt donc un condensé de photos tous azimuts :

Quelques 1 600 kilomètres plus tard, un changement s’opère

À notre retour, nous sommes un peu comme le joker du lodge. Un jour manager, l’autre cuisinier et parfois rameur du lac pour aller récupérer les échantillons pour tester l’eau potable ou sauver la peau de l’ours.

Le changement de saison se fait d’abord sentir dans l’équipe. En fait, elle en est complètement retournée, telle une boucle bouclée, seuls Dante et moi restons. Nous retournons accompagnés de Mark et Roland, ce dernier étant le chef des opérations de chantier. Rémi arrive peu après et est le second de Mark. Ce sont eux qui s’occupent de mettre en œuvre les plans ambitieux de nos grands gourous. Ces deux lurons me font bien rire et ils sont une chouette source de bonne humeur (le plus souvent, no offense, guys).

Un Rémi serein
Un Marc imperturbable

Ce sont d’abord des temps plutôt tranquilles où nous devons continuer à faire ce que nous savons le mieux : que le lodge survive, mais cette fois les employés avec. Nous sommes donc surtout de cuisine. Ce qui me sied guère. Heureusement Dante a la fibre culinaire, je peux ainsi rapidement retourner en extérieur.

La nouveauté, c’est que nous n’accueillerons pas de client (hourra pour moi), seulement des employés.

Avec qui toutefois il est beaucoup plus difficile d’établir des liens forts. À commencer par Lin, notre nouvelle « superviseuse » qui croit plutôt qu’elle est en vacances payées et en cure d’air pur à base de promenades sur 10 heures durant. D’ailleurs c’est plutôt nous qui la supervisons. Elle reste gentille, ce qui est une bonne chose ! Même si tout le monde n’est pas de cet avis, ce qui rend l’ambiance un peu glauque. 

Faut dire qu’elle n’avait peut-être pas prévue d’avoir à faire face à ce genre de situation aussi…

Un autre surtout m’inquiète, et pas que moi. Appelons-le Edward. En débarquant de l’hélicoptère, il fait bien savoir qu’il a emmené avec lui son fusil à pompe et que c’est un dur.

Je panique un peu mais Lucie, mon esprit bienfaiteur (oui j’insiste), me le rappelle par téléphone « nous sommes ici au ‘bush’ », ce qui est pratique courante dans les lieux reculés canadiens. Surtout quand la perception de la chasse est si différente que celle de France.
 J’aurais l’occasion d’y revenir plus en détail plus tard dans un projet qui me tient beaucoup à cœur, j’espère.  

Edward se révèle être un homme relativement gentil, souvent, intéressant parfois, mais largement instable. Ce qui n’est JAMAIS une bonne idée dans un endroit aussi reculé, avec un fusil à pompe, des ours qui errent aux alentours. Le mieux dans tout ça c’est qu’il est venu faire une pause bien-être pour sécher les larmes de son cœur lourd… Ce qui était l’une des inquiétudes lors de notre entretien : ne pas venir dans l’optique de « se trouver » !

Le bush

Le bush, hein ? Un concept dont je ne trouve pas beaucoup ce sur quoi m’appuyer pour m’expliquer, mais auquel je souscris très vite. Tout d’abord, bush veut dire littéralement un buisson. Mais ici c’est plutôt dans le sens de forêt reculée.

Ensuite, une personne du ‘bush’ (bushperson ; bushman, bushwoman) comme les Canadiens ont tenté de me l’expliquer, est quelqu’un qui vit dans des endroits dits « perdus » (moi je les trouve plutôt gagnés), isolés en pleine nature. Une personne qui perd les repères sociaux, un peu bourru.e, fin connaisseur.e des espèces locales. Le terme est souvent apparenté aux peuples indigènes (notamment aux Aborigènes d’Australie), mais s’étend à tout ermite des bois (un…une elfe, donc *yeux pétillant de lueur enfantine*).

Après ces mois entiers à vivre en isolement, on me dit atteinte de « bush fever ».

Et je peux l’affirmer lors de notre pause exigée. Oui, car pour ne pas perdre la boule pour la plupart des humains apparemment, il est nécessaire de sortir du lodge tous les cinq mois et de retourner « à la civilisation ». Moi, je n’en ressens pas le besoin mais Dante et moi n’avons guère le choix. Ce qui me frappe d’abord, c’est une extrême agression olfactive, avec cette très désagréable sensation granuleuse dans la bouche que je soupçonne être de la pollution.

Il est essentiel dans le sauvage de faire attention aux odeurs, à tel point que lors de mes promenades avec Yak et Flor’, je décide de sentir tout ce pour quoi eux s’arrêtent. Je réussis de fait à reconnaître l’odeur d’ours noir. L’envers du décor est que je suis désormais très attentive aux effluves ; c’est aussi à ce moment-là que je réalise que les citadins adorent se noyer de parfums franchement tout aussi agressifs que ceux des véhicules. Le bruit m’épuise et je garde mes réflexes alertes, ce qui fait que je me sens surchargée d’informations que mon cerveau a du mal à analyser, catégoriser. Bref…une Emma en ville tome 7, où cette Emma a oublié (allègrement) son expérience de l’urbanisation excessive. Imaginez un petit chiot qui n’aurait jamais connu la ville et vous aurez mon image. 

Le social

Des clans se forment et Dante et moi jonglons entre les deux. Deux Dénés nous rejoignent. En fait, il serait immoral d’évoquer BonPort dans les Territoires du Nord-Ouest sans évoquer les Dénés, peuple autochtone du territoire où nous nous trouvons. Pour les anglophones, ce peuple a un site web. Plus précisément, nous sommes sur le territoire de chef Drygeese. Elles sont très timides mais l’une est très joyeuse, toujours ensoleillée et pleine d’initiative. L’autre est bien plus discrète. Mais d’une gentillesse et d’une douceur infinies. Surtout toutes deux loin des conflits.

Mais enfin, sachez-bien qu’elles sont aussi plus que ça. En outre, elles sont de la famille de Drygeese. J’ai peut-être laisséer échapper une ou deux informations sur le (mal)traitement de l’environnement local… J’ai eu le plaisir de pouvoir les interviewer dans le cadre de ce fameux projet. 

Un autre personnage arrive, John, dont je n’aurais pas assez de cet article pour parler de lui. Ce qui est drôle, et une bonne leçon d’humilité pour moi, c’est que je me méfie de lui au début. À tort !! C’est un sacré pirate. Maître méditatif, John me fait énormément rire, réfléchir et apprendre. J’ai un énorme plaisir à travailler avec lui en fin de saison, ce qui est en fait mon quotidien. Une chose surtout à retenir ? “The pilot John D. looks a little bit embarrassed”.

Au passage, c’est aussi là que j’apprends à conduire des bateaux à moteur.

Wilderness ; de la « naturalité » ou « sauvageté »

Définition

A travers Edward notamment, je crois que je peaufine ma compréhension du concept de « wilderness » à l’américaine du nord, qui me semble influencé par un syncrétisme entre christianisme et cosmologie locale. Je vais m’arrêter longuement sur cette notion car je pense qu’elle est essentielle pour comprendre la vision de la nature en Amérique du Nord. Elle est intriquée avec beaucoup de conséquences actuelles et de discours que l’on peut entendre. Il faut bien sûr prendre ces prochains paragraphes avec des pincettes car je ne suis en rien une experte et ce sont simplement mes théories de tentatives d’analyse couplées à des recherches sur le net.

Vue plongeante sur les « Territoires du Nord-Ouest » : la Taïga à l’état pur

Alors, Wilderness ? Vais-je en finir avec mes termes anglais ?

À la différence des marketeux qui nous sortent à tout bout de champ des termes que personne ne comprend tels que doxing, holding et j’en passe, disons que dans ce cas précis, je ne pense pas que nous ayons des traductions exactes. Ce serait apparemment « naturalité » selon ce blog, dont je recommande vivement la lecture rapide pour comprendre le sens de cette idée mais je trouve plus tard aussi « sauvageté ».

Qu’en dit le dico anglais ?« Un endroit ou une région non-cultivée ou inhabitée par les humains », « un endroit ou région vide sans chemin ».

Au-delà de parler de traduction ; je pense que les notions liées à ce sujet sont perçues différemment dans nos cultures donc il sera très difficile d’en trouver un parallèle. En France, le concept se développe avec les romantiques.

Pour essayer de synthétiser, en Amérique du Nord, c’est d’abord le sauvage. Ce que l’on ne connaît pas, ce qui est imprévisible, donc potentiellement dangereux, voire létal.

Et puis, comment pourrais-je les blâmer ? La nature sauvage du Canada et des États-Unis peut vous tuer. Par exemple, j’ai moi-même pris l’habitude au lodge de toujours humer l’air indicateur de potentiel prédateur, écouter attentivement et aussi porter un couteau. Pratique pour travailler pour de nombreuses tâches, comme entailler un arbre pour en prélever la sève pour la transformer en baume, ouvrir des cartons etc. Mais aussi pendant les promenades. J’aurais l’air bien fine avec un couteau à petite lame contre un lynx ou un ours, mais ça me rassure…

Ensuite, il y a, paradoxalement ou non, un certain respect pour les animaux (c’est le SUBLI

_  « Muselez-la » !

NB : Vous noterez l’intéressante coïncidence de la même photo principale du romantisme et du sublime sur les pages Wiki… J’ai beau le sortir à tout bout de champ mon sublime, j’ai un peu raison là).

Bref, tout le monde parle avec une certaine sentimentalité des ours, orignaux, loups, lynx, cougars, carcajous… Même les castors !

Ils sont clairement dans la cosmologie environnante que ce soit des Premières Nations ou le reste. Les enfants lisent des bouquins dont les personnages principaux sont souvent ces animaux. Ils sont omniprésents, sur les enseignes, les noms de lieux, les produits de consommation etc. Surtout les Corbeaux, Ours et Pygargues.

Le rôle de la religion dans la vision de l’environnement

Toutefois, fréquemment, ce rapport à la nature semble être dans un esprit utilitariste au mieux, de contrôle au pire. Il est fréquemment évoqué que telle ou telle espèce nous procure tel bienfait, les activités en pleine nature sont souvent aller chasser, pêcher, faire de la motoneige ou du jetski etc. C’est moins pour la nature elle-même.

J’aimerais revenir à mon idée de syncrétisme. Quid du christianisme ? Bien-sûr c’est compliqué pour moi très néophane et surtout peu objective quant à la question. C’est pourquoi c’est surtout sur ce thème que je fais le plus de lecture et de recherche. Corrigez-moi si je me trompe, mais j’ai cru comprendre que Dieu dans les livres aurait créé les autres animaux pour servir l’homme (je dis bien l’homme, le mâle, le vrai et bien sûr, les autres animaux, c’est moi qui le rajoute, ces derniers n’étant pas au même rang que Homo sapiens sapiens XY).

Prenons l’exemple plus ou moins flagrant des parcs nationaux. Ils sont avant tout érigé sous l’influence chrétienne, au mépris et détriment des populations locales déjà établies.

S’ils ont une importance certaine dans le monde tel qu’il est actuellement, ils étaient de base simplement pour les paysages. On commence à en protéger les espèces auxquelles on prête attention mais c’est toujours une nature qui évolue sous nos termes, dans un espace donné. (wikipédia) Même à travers les parcs, il y a clairement une séparation entre humains et non-humains, validée par Foreman dans ce texte. Avant tout, qui suis-je face à un mammouth pareil de l’écologie pour le contradire ? Personne (oui, comme Ulysse). Voilà.

Pour lui, c’est une bonne chose. Oui, je suis d’accord de penser que nous avons besoin actuellementde ce type de « territoire autonome », mais c’est pour moi dangereux de séparer à ce point les « deux mondes », comme si nous étions à part, comme si nous ne POUVIONS pas coexister, bien que nous l’ayons fait pendant tant des siècles… (référence : A wilderness, in contrast with those areas where man and his works dominate the landscape, is hereby recognized as an area where the earth and its community of life are untrammeled by man, where man himself is a visitor who does not remain. Section 2(c) — pour en tenter une traduction approximative : «une sauvageté, en contraste avec ces lieux où l’homme (XY…) et son travail maîtrisent les paysages, est par la présente un endroit où la terre et ses biomes sont libres de l’homme, où il n’y est seulement qu’un visiteur qui ne reste pas)

D’ailleurs, dans la troisième définition donnée par Foreman du terme de wilderness, « [la terre] offre des opportunités extraordinaires de solitude ou un type d’activité déconfiné et primaire —  [the land] has outstanding opportunities for solitude or a primitive and unconfined type of recreation”. On ne va pas me dire que ce n’est pas pour l’humain ? Voyez l’esprit d’utilité que j’évoquais plus tôt.

Mon problème final est bien décrit dans son texte toujours : « the third headwater stream is Beauty—protection of national parks and other places to safeguard their spectacular, inspiring scenery. » « le troisième bras du courant est la Beauté  – protéger les parc nationaux et autres lieux pour en sécuriser les paysages inspirants et spectaculaires ». Qui donc est là pour protéger les marais, ces lieux remplis de magie noire et mort, puanteur et insectes par milliers… C’est un danger que de ne protéger que ce qui est beau. D’autant plus quand, encore une fois, l’idée du beau n’est pas universelle et est temporelle.

Là où Foreman et petite moi sommes d’accord, c’est sur la sortie : repeupler. Notamment les grands Carnivores (non Papa, je ne parle pas de toi). Et cela concerne particulièrement l’Europe, la France, où on se prend le mur de vouloir tuer les ours et les loups de nos contrées pour en protéger les troupeaux, ou humains… Au prix d’aller se plaindre du pullulement des sangliers ou cerfs derrière (alors même qu’on en fait des élevages, bref…) !

Je dois cependant dire qu’aux États-Unis, il s’y trouve un sentiment de nature accessible à tous, au-delà des parcs nationaux. Les terres publiques sont bien souvent libres de quelque coût que ce soit, avec la possibilité de venir dormir gratuitement, souvent jusqu’à 14 jours maximum à la fois mais tout de même !

Évidemment, la nature est largement vue à travers un prisme religieux dans quasiment toutes les cultures, c’est pour cela que certains animaux sont mangés ou non selon les lieux etc. Puis, pour quiconque peut penser que la relation est tirée par les cheveux, j’aimerais appronfondir et soutenir mon propos avec « Le christianisme et l’animal, une histoire difficile, Eric Baratay ». Alors, comme l’historien le précise, tout n’est pas si simple. Si ce ne sont pas les textes qui sont fautifs, ce sont au moins les prêcheurs.

Ce blog m’éclaire sur un sujet dont je n’avais pas la connaissance avant mes recherches sur le sujet : la Destinée Manifeste. En fait, l’image de wikipédia liée à ce sujet est la plus parlante et mon propos y est très bien représenté : la nature et les populations locales se font écraser (« civiliser ») par la venue des colons, sous prétexte du droit divin. 

Pour aller plus loin, cette analyse est aussi excellente.

Il existe au moins deux termes distincts pour penser le sauvage en anglais : wilderness et wildness. Je ne trouve pas de mot équivalent mais disons que l’un est péjoratif et l’autre représente plutôt le sauvage respecté… Peut-être ? Les seules sources françaises que je trouve sont deux sites complètement identiques avec quasiment les mêmes phrases, à quelques mots près. Je soupçonne l’intelligence artificielle car soit l’une est une plagieuse professionnelle vus les articles et l’esthétique de son site et sinon ça ne vaut même pas la peine que je m’y arrête : les  entraînements de l’IA ne seront pas assez éclectiques, du moins c’est ce dont j’ai pu fréquemment témoigner.

La béatitude

M’enfin, continuons plutôt le récit.

Peu à peu la glace se brise ; pas pour les relations, mais la neige disparaît. Beaucoup d’êtres vont venir passer leur printemps ici. Jamais, jamais je n’ai autant pu prendre le temps d’apprécier un biome si riche. Tout est d’une douceur, d’une beauté qui vous subjugue.

Vue du lodge

Les églantiers pondent partout, le thé de Labrador se dévoile à foison, des baies de toutes sortes édulcorent les environs.

Nous déménageons près du lac à l’occasion du changement de personnel à « Juniper », Genévrier. Les charpentiers sont là pour détruire et reconstruire très vite. Nous en profitons pour réutiliser le bois abandonné et construire un ponton. Tous les jours nous pouvons donc observer un clan de goélands à becs courts (plus d’infos en anglais par ici), une famille de Loons – plongeons huards en français évolue à nos côtés. Les goélands alaquissent (atterrir sur un lac ?) avec des sternes arctiques où en « symbiose » elles fondent leurs foyers. Même une pie fait son apparition !

Mais surtout, surtout, un couple de Pic flamboyant (Colaptes auratus) ont décidé de faire grandir leurs portée dans nos murs. Pour notre plus grand plaisir, notamment à quatre heures du matin quand l’un d’eux dédcide qu’il serait peut-être temps de taper un peu contre la paroi.

 D’autres animaux que les oiseaux ?

Et oui, qui dit fin d’hiver, dit… retour des ours. Il n’y a pas d’ours bruns dans nos paysages ; non plus d’ours polaires comme je le croyais. Mais beaucoup, beaucoup d’ours noirs. Yak est un fier expert chasseur d’ours. C’est l’alarme la plus certaine. Avec lui, et Flor’ toujours prête à suivre la course, je dois admettre que je me sens bien plus en sécurité. Dans le nord, j’essaie d’imaginer l’importance de la présence d’un loup parmi la tribu pour multiplier les sens requis. Yak a une vue de faucon pour un ours de très loin. (Ou odorat ?) C’est lui qui nous a averti quand un ours noir est apparu de l’autre côté de la rive un soir, au moins une minute avant que nous ne le voyions. A plusieurs reprises, dans le camp. Il a un aboiement particulier quand il s’agit d’un ours, donc c’est essentiel de comprendre un être d’une espèce très différente pour mieux survivre.

Ce qui m’a le plus plu et de loin, c’est l’absence de contrôle humain sur cet environnement, qui rend les relations si intenses et libres de n’importe quel “artificialité”, de nous tous, de notre rapport aux autres, humains et non-humains.

Jusqu’au moment des feux de forêts. On nous a mis au courant que nous pourrons être évacués à n’importe quel moment et que si nous ne voyons pas un certain point, il nous faudra appeler d’urgence les secours car le feu se déplace à une vitesse démesurée qui même si on pense qu’il est encore loin, il est en réalité quasiment déjà à nos portes.

Un jour, nous pensons que c’est ce fatidique jour. Mais non. « Simplement » que la respiration est insupportable, à tel point que je me promène avec un masque spécial et les yeux me piquent largement.

Apprentie-charpentière

En plus de tout cela, je le disais en début d’article, pour l’été, nous sommes embauchés pour être aide-charpentier. Nous avons le plaisir de terminer les toits, faire des façades, s’engager sous les planchers pour isoler, aux côtés des douces mouches à chevreuil… Qui sont tellement plus intelligentes que tous les autres insectes infernaux, et attendent bien que l’on porte un objet avant de venir nous piquer sur les homoplates.

Puisque nous passons le plus clair de notre temps dehors, nous avons le temps d’apprécier nos amis les insectes.

C’est aussi à ce moment que je passe le plus clair de mon temps auprès de John. Je me méfiais de lui au tout début, bien à tort et c’est une bonne leçon de vie pour ma part. Il se révèle être hilarant, doté d’une grande sagesse. Nous discutons allègrement de beaucoup de problèmes de ce monde et partageons beaucoup de constats.

Mark et Rémi se trouvent être de chouettes “chefs” et je suis contente d’avoir pu les assister. J’apprends beaucoup durant cette saison, gagne en confiance.

Les plans semblent avoir beaucoup de défauts, que l’on remarque tous, mais bon, cela ne nous regarde pas vraiment… Une fois que nous partageons nos doutes et que ceux-ci ne sont pas entendus.

Ce sera avec un épanouissement certain que je quitterais le lodge.

Conclusion

En tout cas, j’ai beau critiquer allègrement le Canada sur beaucoup de côtés de sa culture qui me désole, en guise d’incipit d’introduction, il faut admettre que jamais je ne ferais ça pour un pays qui n’est pas dit occidental – donc à la limite du racisme.

Mais maintenant que j’ai dit cela en préambule, il faut admettre que l’esprit de consommation y est très flagrant. Par exemple, chose incongrue : les produits ont une marque comme texte principal mais il est souvent difficile de trouver ce qu’est le dit-produit. Ou bien, on trouve des fast-food,enfin, des fast-tout à tout coin de rue. Les mêmes enseignes copiées-collées d’une ville à l’autre. Que ce soit du Yukon à la Nouvelle-Écosse.

Beaucoup tourne autour du système capitaliste libéral. Les Canadiens sont quasiment forcés à prendre des cartes de crédit pour pouvoir espérer faire des emprunts ou bien pour construire quasiment comme un score de « bon citoyen »… Plaît-il ? Ensuite on critique la Chine ?

Cela dit, ce qu’il y a de sublime au Canada, ce sont ses habitants qui sont la crème de la crème…Vraiment, j’y ai fait des rencontres magiques, ce qui ne m’était vraiment pas arrivé depuis longtemps. Bien que je rencontre tout le temps des gens, c’en est même un épuisement moral de ma part dans le fait de voyager sans cesse. Mais entre Oji Eric (le prince se dévoile) et Lucie, ces deux réunissent des amitiés qui me sont très importantes et qui m’ont fait déjà beaucoup évoluer, en si peu de temps. Mais bien sûr, je me suis entendue à merveille avec nombre d’autres et je me suis toujours sentie bien de parler avec les Canadiens. Souvent je me suis trouvée face à une discussion facile, engageante, un humour cinglant et des personnes largement généreuses, bienveillantes et accueillantes.

Enfin soyons honnêtes deux petites secondes : ce sont EVIDEMMENT ses biomes délirants, SUBLIMES, oui j’ose risquer de gonfler tout le monde avec ses répétitions. Le plus beau cadeau que BonPort m’ait offert est l’opportunité de vivre dans un lieu absolument naturel. Je n’avais jamais expérimenté une telle paix internet et externe. L’envers de la médaille de diamant c’est que la vie en ville m’est d’autant plus insupportable. Je ne supporte plus les odeurs de pots d’échappement ou de parfums synthétiques, je n’arrive plus à comprendre les bruits incessants que les urbain s’infligent. Je me sens exténuée. Je suis navrée d’entendre que les oiseaux s’égosillent pour pouvoir faire entendre leurs voix. La faune est plus qu’incroyable.

Jamais je n’oublierai ce bonheur constant de n’entendre qu’une plume tomber. D’entendre son propre pouls battre. La mélodie matinale des mésanges boréales. Jamais je n’ai vécu de plus belle expérience ; en compagnie de gens géniaux. Le Canada est un pays où tout cela est possible. Où se promener est un droit pour tous. Pas besoin de payer pour aller voir une cascade. Pas besoin de se faire accompagner pour gravir un mont, et ce malgré la présence d’ours, lynx, cougars, loups, carcajous, élans et j’en passe. J’écris ce paragraphe en Amérique Centrale où la nature est souvent monétisée et usurpée pour obtenir un gain sur le dos du tourisme. La nature n’est pas là pour elle-même, elle est considérée comme un bénéfice. Ce qui n’est absolument pas le cas de ce que nous avons expérimenté au Canada. Je crois que certaines populations indigènes ont un rôle à jouer dans cette différence de perception, peut-être. 

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