Asie,  Birmanie

Aventures en Birmanie : Bagan

Le bus de Yangon à Bagan est lui aussi une toute autre expérience très propagandistement (ma passion pour les néologismes est de retour) spirituelle. La Birmanie est, il me semble, le pays le plus bouddhiste au monde (aussi celui où on peut observer que le bouddhisme n’est pas que amour, paix et nirvana) donc durant tout le trajet nous avons droit à une chanson, que nous pouvons entendre dans absolument tout le pays, à chaque moment de la journée, même dans les coins reculés, avec ces mots qui semblent les plus importants au monde “pissiya pissiyo” et même des fois une variante “pissiyo pissiya”. Évidemment, je n’ai aucune idée de l’orthographe de ces mots mais quiconque est allé en Birmanie sait ! Le son laisse peu de répit mais bref, ça fait partie du pays. Je note aussi la touche kitsch des bus, similaires dans d’autres pays mais qui égaient un peu les trajets.

En arrivant à la ville de Bagan, réveillés suite à un trajet de bus d’une durée de 14 heures en mode fête bouddhiste déchaînée, la première image que l’on voit ce sont ces conducteurs de taxis qui espèrent poser le doigt sur les porte-monnaies sacrés. C’est maintenant plutôt très normal en voyageant autour de l’Asie du Sud-Est, mais ça n’en n’est pas moins chiant, pour rester polie. Ils nous proposent la modique somme de 12 000 kyat (plus ou moins 7.41€, pour rappel) pour se rendre dans le centre-ville, ce qui selon MapsMe (le pire ennemi des escrocs) prend 7 minutes… sachant qu’on paie 16 000 (~10€) kyat  pour aller de Yangon à Bagan ! 

Somwan, Thaïlandaise de naissance, est clairement habituée à marchander, ainsi elle ne se laisse pas impressionner par leurs attitudes intimidantes. Elle demande à une femme attendant là si nous pouvons trouver un bus local, puisque comme sa logique l’inspire, les locaux ne vont pas prendre un taxi, il doit bien y avoir un bus.

Aussitôt qu’elle demande, un des gars arrive vers la femme qui informe Somwan que nous pouvons trouver un bus pour 300 kyat et lui intime le silence. Soudain, elle ne veut plus parler… Mais maintenant que nous avons la précieuse information de l’existence de ce bus, nous décidons donc d’essayer de le trouver malgré ces conducteurs nous criant quasiment dessus qu’il n’y a aucun bus et que nous devons prendre un taxi.

A la gauche de la station de bus, nous trouvons des conducteurs de tuk-tuk, qui eux nous proposent 5 000 kyat (~3€) et nous confirment qu’en effet, il y a un bus mais qui démarre seulement à 7 heures du matin, tandis que nous arrivons à 5 heures. Donc déjà, tout d’abord on nous dit qu’il n’y a aucun autre moyen de transport excepté les taxis, maintenant nous trouvons des tuk-tuk qui proposent déjà moitié prix et enfin un bus mais qui démarre soi-disant plus tard, donc nous comprenons que nous ne pouvons pas faire confiance à qui que ce soit. Toujours pas au goût de Somwan (moi, je me tais car je me sens vraiment intimidée par leur attitude imposante, voire presque menaçante…elle a le courage que je n’ai pas), nous continuons nos recherches. L’homme nous suit, nous proposons 4 000 kyat (~2.50€) mais il refuse. Après un moment il revient et nous dit 4 500 kyat (~2.80€)  et enfin nous acceptons. Ça semble très mesquin de marchander pour vingt centimes d’euro quand je l’écris comme ça, mais je le répète encore et encore, et je continuerai, même si on peut se permettre de payer plus, ça reste de l’arnaque qui n’a pas de limite. C’est aussi du racisme car ils supposent que parce que nous paraissons Caucasiens, nous sommes Européens et riches. Par exemple, même s’il voyage, Dante est Argentin et c’est loin d’être le pays le plus riche. Je veux juste démontrer que oui, personnellement nous pouvons nous le permettre, mais ce n’est pas le cas de tous et ce n’est pas une excuse.

Si vous trouvez la gare routière, informez-en le plus de monde possible.

Toutefois, malgré cette aventure, Bagan est ma sauveuse absolue, j’adore Bagan. C’est une ville sublime, remplie d’anciens temples, de ruines magnifiques, peu importe où l’on se rend, où l’on regarde, c’est si agréable de conduire dans cette ville. C’est comme un voyage dans le passé. Aucun bâtiment laid ou que sais-je encore, à la différence de Yangon.

On peut y passer trois jours, quatre, et ce ne sera pas suffisant pour tout visiter. La particularité de cette ville est la location de scooter électrique, qui est un moyen très agréable pour se balader. Il m’est impossible de me souvenir de tous les bâtiments que nous visitons, mais en vrac nous voyons des levers de soleil (absolument à faire même si le soleil se “lève” tôt, soit un réveil à 4h40, et vérifier les prévisions météorologiques sous peine de n’avoir que des nuages), , le temple de Dhammayangyi, le temple de Ananda, celui de Thatbyinnyu, le complexe de temples de Nathlaung Kyaung où nous recevons une leçon d’histoire gratuite (mais nous donnons à cette très gentille jeune femme une donation car elle est très connaisseuse), le “quai ” de Irrawaddy Princess et la colline de O Bo Gon (célèbre pour les couchers de soleil semble-t-il) bien malgré nous .

Vue de notre point de vue pour assister au lever de soleil
L’envers du décor : nous ne sommes jamais seuls
Le temple de Dhammayangyi
Un beau chien errant au temple de Dhammayangyi
Somwan probablement en train de marchander au temple de Dhammayangyi
Un nénuphar au temple de Ananda
Les trois gargouilles et leurs incarnations
Prise par Dante (dMb)

Au passage, pour faire un petit aparté, nourrir les oiseaux avec du pain est une très mauvaise idée : sans aucune valeur nutritive, c’est comme leur donner de la “junk food”, ou nourriture mauvaise pour la santé, et même si c’est nocif à très petite dose, nous ne sommes vraiment en mesure de contrôler les doses, notamment dans les parcs où de nombreuses personnes nourrissent déjà ces canards, ou oies ou que sais-je. Les petits vont mal se développer, il y aura une surpopulation à cet endroit et le pain non mangé sera simplement de la pollution pouvant donner naissance à des algues ce qui est nocif pour la biodiversité de l’endroit, ils “perdent” leur état sauvage et des maladies peuvent se diffuser bien plus facilement puisque à cause du pain, ils défèquent plus et ces défécations sont porteuses de nombreuses bactéries délétères et enfin le pain humide peut se révéler extrêmement nocif pour les canards, puisqu’il peut causer l’aspergillose, une grave infection des poumons.
Si vous voulez absolument donner à manger aux oiseaux, les raisins, c’est bien, ou n’importe quelles graines prévues à cet effet.

Bagan n’a rien à envier à Venise !

Dante et moi visitons aussi le très intéressant et très sombre Kyan Sit Thar Umin dont nous n’avons pas de photo puisque c’est interdit (de mémoire) et marchons simplement dans la ville où nous rencontrons de magnifiques lézards et autres animaux remarquables.

Somwan et moi au déjeuner avec nos crèmes solaires locales : la poudre de Thanakha

“Malgré nous” … revenons un peu en arrière.

C’est là que mon récit commence véritablement, celui que je voulais détailler quant à l’interdiction faite aux habitants d’aider des étrangers dans le tout premier article.

Le matin, la compagnie de location nous amène les scooters électriques à 5 heures. Comme c’est nuageux, Dante trouve plus sage de rester couché, au risque de subir la même déception que lorsque nous essayons de voir un lever de soleil (et la même fatigue).

Nous prenons donc notre petit-déjeuner à 8h40, Somwan le partage déjà avec Takao, un Japonais. Après avoir parlé avec lui pendant un moment, il décide de s’embarquer avec nous (sur notre proposition). Quand je présente mon plan, tout le monde me fait confiance. Ainsi vers 11 heures, nous entamons notre excursion vers Pakokku. Même si Bagan est très riche culturellement et touristiquement et a tout pour plaire, je décide tout de même (pour rappel, je suis l’organisatrice éternelle des itinéraires, ce qui s’est déjà révélé dangereux par le passé, mais je garde mon titre) d’aller explorer les alentours, histoire de visiter un peu plus le Myanmar plus confidentiel. Donc, après avoir regardé rapidement sur internet, je vois la ville de Pakokku et son beau château en bois. Je me dis que ça ferait un peu de changement par rapport aux pagodes. Désormais, je me demande vraiment pourquoi je pose mon dévolu sur cette ville, mais elle est mon élue. De fait, je marque tous les points qui indiquent “château” sur MapsMe et mène tout le monde là-bas, Somwan derrière moi et Dante et Takao ensemble, pour 40 km, chevauchant nos scooters électriques.

Nous ne trouvons pas mon château mais visitons deux autres pagodes.

Un temple très ostensible à Pakokku

Un petit mot spécial pour les utilisateurs de MapsMe… Tout le monde peut voir les annotations, d’accord ? Donc, tout comme “cascaden” de Thaïlande qui ne veut rien dire pour la bonne majorité des gens, “castle”  à tout bout de champ n’est pas réaliste, surtout quand il n’y en a pas ! Un temple n’est pas un château, une pagode ou une tour ne sont pas des châteaux ! Votre maison n’est probablement pas un château non plus.

Bref, nous buvons un jus d’ananas (délicieux soit dit en passant), mangeons des poissons séchés depuis on ne sait combien de temps et décidons de repartir car Takao doit être à 15h à  l’hôtel.

Gâteaux de poissons séchés ; prise par Dante

Vers le début du retour, je m’aperçois qu’il ne reste plus beaucoup de barres de charge à notre scooter donc nous avançons très doucement. Finalement après 19 km, la batterie est complètement à plat. Comme le temps avance dangereusement, nous disons aux garçons de partir. Nous poussons un peu le scooter mais nous pensons plus sage d’essayer d’appeler l’agence. Voyant que nous sommes en galère, une moto avec deux hommes s’arrête. Ils essaient d’appeler, mais personne ne répond. Puis l’un d’eux passe un autre appel et s’en va mais son ami reste. Impossible alors de communiquer, nous nous demandons ce qui se passe. Au moment où il revient avec un autre gars en moto pour probablement nous emmener à un garage pour charger notre scooter (c’est ce que nous comprenons), une employée de l’hôtel à côté du nôtre, que Somwan va souvent voir, passe. Elle s’arrête et appelle l’agence. Cette fois, quelqu’un répond et nous dit d’attendre là-bas, qu’ils viennent dans 45 minutes. 

En attendant, nous assistons à une transhumance

Quand ils arrivent, le propriétaire est hors de lui, nous crie que c’est interdit de sortir de la ville. De toute évidence, je rétorque que je ne n’ai pas connaissance de cette règle, pourquoi serais-je sortie sinon ? A ce moment, sa sœur déclare qu’elle en a informé Somwan… Clairement, un malaise s’installe, car nous sommes en tort, mais en plus une information ne m’a pas été transmise et de façon volontaire, si j’en crois la réaction de Somwan. Je ne sais plus quoi dire ni quoi faire. Ils veulent appeler une voiture pour ramener le scooter pour 45  AUD, ce qui ne nous réjouit pas. Nous décidons que nous allons trouver une autre solution, celle de ramener le scooter avant 20 heures.

Pendant peut-être 5 km le scooter avance très faiblement. Finalement Somwan propose de faire du stop, pour que le scooter soit plus léger. J’avance un tout petit peu mais le scooter me lâche complètement. Je commence à pousser mon véhicule, et quiconque possède un deux-roues électrique sait que le poids est bien plus important, mais je dois m’activer puisque le temps nous est compté. Rapidement, des mecs arrêtés sur le côté me voient, viennent avec leurs propres scooters (pas électriques, puisque j’apprends à ce moment-là que les étrangers n’ont pas le droit d’avoir des scooters non-électriques). Là, ils proposent de me tirer avec des sarongs (leurs sortes de “jupes” traditionnelles que les hommes portent) accrochés entre eux ! Aussi sécurisé que cela puisse paraître, nous faisons ça pendant presque 13 kilomètres, moi derrière l’un de mes sauveurs sur ma monture complètement morte, deux autres sur un scooter et un autre seul.

Un moment le camion qui avait pris Somwan en stop nous rattrape. Tous ensemble on avance jusqu’à l’entrée de Bagan mais soudain ils nous disent (enfin d’après ce que j’ai compris parce que pas un seul ne parlait anglais et Google n’est pas encore bilingue en Birman, voire même n’en est à peine qu’à ses balbutiements) qu’ils ne veulent et surtout peuvent pas aller plus loin, car ils n’ont pas de casque. “Et ce n’est que maintenant qu’ils s’en inquiètent ?” pensais-je, mais des gens sur la voie d’en face leur font signe qu’il y a des contrôles en cours. Nous avançons donc à pied car naturellement, nous n’avions pas  de casque non plus (écrire ça maintenant me paraît complètement grotesque mais c’est tellement courant en Asie. On leur a bien demandé des casques lors de la location mais ils nous ont répondu “ne vous inquiétez pas, pas de problème”). Nous passons un kiosque et pensant que c’était l’endroit pour présenter les tickets, nous les montrons, mais ils s’en foutent. Soudain, nous voyons enfin les fameux policiers, alors plutôt que d’aller tout droit, nous tournons  à gauche.

Là, il y avait quand même un contrôleur, plutôt que deux, mais nous demandons directement la direction de Bagan en espérant avoir l’air perdu, il nous a répond “oui, oui” et nous laisse circuler. Nous continuons à pied en essayant parfois de ressusciter le scooter. Pour une note positive (même si cette aventure reste dans mes souvenirs positifs désormais, sur le coup je ne fais pas la fière), la route est sublime car nous passons par des petits chemins avec des temples et comme le soleil commence à se coucher, la lumière est magnifique. Finalement, nous décidons à nouveau de faire route à part car je vais clairement plus vite seule.

Sur le chemin, tant de personnes s’arrêtent pour me demander si tout va bien mais proposent aussi toujours d’appeler et  naturellement je ne veux pas qu’ils appellent, ce qui est très dur pour eux de comprendre et pour moi de trouver une excuse de pourquoi je ne veux pas. C’est à ce moment-là que je passe devant la colline de O Bon Gon, absolument blindée de touristes, dont des locaux qui s’enquièrent de ce qui m’arrive. Je ne reste pas car je n’ai pas le temps, mais vraisemblablement, vu la grandeur de la ville de Bagan, il y a d’autres endroits pour profiter d’un coucher de soleil, loin des masses à peine supportables.

Par deux fois Somwan me rattrape car des gens l’emmènent. Le dernier nous aide à pousser le scooter avec son pied sur un bon bout de chemin donc finalement, il ne nous restait plus que 500 mètres. Somwan veut qu’il nous aide jusqu’à la fin mais clairement il est mal à l’aise, donc je lui dis qu’il peut partir. Toutefois, cette personne nous délivre une information cruciale : il leur est interdit d’aider les étrangers. Maintenant je comprends pourquoi, outre les casques, nos chers sauveurs nous ont laissé comme des petites chaussettes abandonnées au fond du placard (je plaisante bien sûr, ce qu’ils ont fait pour nous, en étant hors-la-loi donc est quelque chose que je n’oublierai jamais).

J’arrive seule vers 18h30 et seule la sœur du propriétaire est là. Pleine d’émotions, elle m’explique qu’elle l’a bien précisé à Somwan et m’annonce qu’elle a dû aller au bureau de l’archéologie payer une amende pour nous avoir laissé aller en dehors de la ville, puisque quelqu’un nous a dénoncé. Elle se calme et me dit qu’elle est très déçue par “mon amie” et je reviens plus tard avec l’argent.

C’est ainsi que termine notre expédition à Bagan, qui outre le fait d’être ma sauveuse comparé à Yangon, c’est aussi des aventures que je n’oublierai jamais.

En attendant, je vois que la maîtrise des statues s’est étendue à Bagan

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