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Aventures en Birmanie : 10 choses à faire au lac de Inle !… Ou pas.

“There is only one happiness in life,

To love and be loved I say

There’s nothing special in love”

Petals in the Wind
"Il n'y a qu'un bonheur dans la vie : aimer et être aimé, je dis ; il n'y a rien de spécial en l'amour". Assurément, la philosophie de cette phrase en transperçante.
“Il n’y a qu’un bonheur dans la vie : aimer et être aimé, je dis ; il n’y a rien de spécial en l’amour”. Assurément, la philosophie de cette phrase en transperçante.

Pour rentrer au lac de Inle, qui se trouve dans la ville de Nyaungshwe, il faut payer au moins 15 000 kyat (presque 10€) par personne. Autant je peux comprendre pourquoi il faut payer Bagan, même si j’avoue que c’est la première fois que je dois payer pour entrer dans une ville mais bon, vu le nombre de temples on peut se dire qu’il faut beaucoup d’argent pour conserver tous ces bâtiments. De plus, la plupart sont gratuits.

Mais alors ici ? Et le prix n’est pas une bagatelle. Nous payons tout de même l’entrée (pour une fois) mais nous ne manquerons pas de trouver une explication.

Alors que faire ? Voici 10 choses à faire pour occuper vos journées à Inle :

  1. Louer un vélo et pédaler
  2. S’arrêter à un restaurant et manger
  3. Prendre une photo
  4. Se faire harceler pour louer une barque, accepter et se faire emmener
  5. Gravir la colline du domaine viticole et se rendre compte que les prix sont exorbitants, en plus personne de notre groupe n’aime le vin, mais en commander quand même pour ne pas se sentir trop frustré
  6. Acheter une excursion sur le lac pour comprendre la vie en lac
  7. Choper une insolation
  8. Être outragé par les abus de tourisme
  9. Réserver un trek de deux jours et une nuit avec un guide accompli
  10. Ah, en fait c’est un jeune ado qui explique qu’il s’en fout et qu’il fait ça pour gagner de l’argent pour ses études, mais tant pis c’est cool quand même. Ne rien partager avec la famille chez qui on dort et aimer la pluie.

C’est le plus court résumé que je peux faire de notre séjour au lac de Inle. Mais je pense que notre temps là-bas mérite un peu plus de développement, notamment à cause des “abus de tourisme”, car j’aimerais faire de la lumière sur ce point. Oui, encore des leçons de morale, mais je prends ça comme un devoir d’informer pour sensibiliser. Si je peux apporter ma pierre à l’édifice (comprendre édifice d’un monde meilleur évidemment, enfin mon monde meilleur, n’est-ce pas ?), je pense que c’est une façon de le faire.

Donc, Inle est très célèbre pour sa location de vélo où en effet, pédaler tout autour de la ville et dans les allées est très agréable, à condition d’aimer se faire harceler pour se faire emmener à travers le lac par des barques, qui embarquent aussi les vélos. Mais c’est la recommandation la plus courante des itinéraires.

Inle est aussi très intéressante pour quiconque aime les oiseaux comme il y a plusieurs espèces visibles sur le lac, et notamment des cormorans qui ouvrent les ailes sur des poteaux.

Cormoran ouvrant les ailes pour s'aérer au lac de Inle - © dMb 2020
Cormoran ouvrant les ailes pour s’aérer au lac de Inle – © dMb 2020
Cormoran au vol - © dMb 2020
Cormoran au vol – © dMb 2020

Nous rencontrons un jeune Néerlandais qui recherche des compagnons pour louer les services d’une barque à moindre coût. De fait, à l’arrivée de l’autre côté, nous nous arrêtons pour manger dans un restaurant où, de façon absolument unique pour nous, ils viennent nous chercher en barque sur notre pont en bois. Le panneau est écrit en français, c’est marrant, on est vraiment partout.

Notre conducteur de barque - © dMb 2020
Notre conducteur de barque – © dMb 2020
Notre barque en route avec nos vélos sur le lac - © dMb 2020
Notre barque en route avec nos vélos sur le lac – © dMb 2020
Vue du lac de Inle du restaurant
Vue du lac de Inle du restaurant

En fin de journée, nous poursuivons tous ensemble notre parcours à vélo jusqu’à un domaine viticole (sur la liste des choses à faire pour de vrai). La route vers ce domaine est assez pentu, mais, en effet, ça vaut le détour ! Même si, comme je l’ai dit plus haut, aucun de nous n’aime vraiment le vin, nous décidons d’en commander quand même. Sait-on jamais, peut-être ce vin là est différent ? Non. Mais nous pouvons nous balader dans les alentours et ça, c’est cool ! Surtout quand on voit une si belle biodiversité.

Notre sélection de vin avec ses petites cacahuètes avec vue sur le domaine viticole
Notre sélection de vin avec ses petites cacahuètes avec vue sur le domaine viticole
Un insecte avec des pompoms !
Un insecte avec des pompoms !
Une fourmi rouge faisant son chemin sur une branche, la bouche en cœur
Une fourmi rouge faisant son chemin sur une branche, la bouche en cœur
Mante-religieuse géante - © dMb 2020
Mante-religieuse géante – © dMb 2020

Le lendemain, très excités, nous réservons un tour sur le lac dans une barque (mais sans les vélos). Notre guide, le fils du propriétaire de la compagnie qui doit avoir à peu près 16 ans et sept mois, bien que jeune, est instruit sur les alentours et la nature, même s’il nous avoue que sa seule option pour pouvoir subvenir aux besoins de son fils et espérer commencer des études est de faire ce travail même si honnêtement, ce n’est pas vraiment son désir.

Ce jour-là, Dante est équipé de l’appareil photo, c’est pourquoi la plupart des photos de cet article ont la mention “dMb” pour ses initiales, d’autant plus que Dante est bien plus doué que moi pour des portraits ou des photos de personne. On retrouve plus bas mes photos de la nature (toujours avec le filigrane A Flea Quest et sans mention dans la légende). Comme je le précise dans la section “qui suis-je”, les photos “dMb” ne sont pas sous la licence Creative Commons (c’est-à-dire que vous ne pouvez pas disposer de ses photos, en tout cas, pas sans une autorisation préalable).

Nous ne savions pas très bien à quoi nous attendre mais très vite la couleur est annoncée : notre guide nous demande si nous voulons aller voir les pêcheurs du lac, en nous précisant que ce sont de faux pêcheurs, mis en scène pour les touristes qui voudraient prendre des photos de cette fameuse technique de pêche en navigant la rame avec la jambe où leur simple tâche est de figurer, d’attendre sous le soleil pour une photo en faisant semblant de travailler… Comment dire ? Pourquoi ?

Le soulagement est que nous sommes avertis que ce sont de faux pêcheurs, même si nous aurions sûrement remarqué nous-même.

Nous en voyons tout de même des vrais, dont nous avons pu prendre des photos aussi, simplement, nous ne nous arrêtons pas…Bref.

Authentique pêcheur navigant la rame à la jambe - © dMb 2020
Authentique pêcheur navigant la rame à la jambe – © dMb 2020

Durant cette excursion, j’ose demander pourquoi nous devons payer un prix si élevé pour pénétrer dans ces lieux. Il nous explique qu’il faut beaucoup d’argent pour nettoyer le lac, couper les herbes indésirables pour permettre aux bateaux (des touristes principalement) de circuler et de préserver l’environnement, bien entendu. Alors, on peut m’expliquer tout ce plastique flottant ? Ça fait parti de l’écosystème, peut-être.

Plusieurs arrêts dans des attractions et manufactures sont prévus. Le premier est à une manufacture d’orfèvres, ceux-là mêmes qui éclatent des montagnes pour le seul attrait du brillant et du “rare”. Alors, je ne dis pas, c’est peut-être un art, d’une grande précision, mais selon moi, la plupart d’entre nous n’est même pas capable de faire la différence entre un diamant et du verre par exemple. Ce ne devrait pas être la rareté de la pierre mais la beauté de la chose qui importe, non ? Pourquoi du synthétique ne suffirait pas, au lieu d’exploser la Terre encore plus pour des choses absolument artificielles qui peuvent être imitées à la perfection ? Nous décidons de ce qui est rare dans une époque où les traditions désuètes et “malsaines” sont encore trop présentes. A méditer, je suppose. 

Une jeune femme travaillant sur un bijou - © dMb 2020
Une jeune femme travaillant sur un bijou – © dMb 2020

Bref, là n’est pas mon point, même si c’est une chose que Dante et moi ne soutenons pas de toute façon. La technique m’intéresse fortement ceci dit, j’aime ces métiers manuels. Mais nous sommes absolument choqués par l’âge des employés, qui semblent de jeunes adolescent(e)s où je constate que l’une d’entre eux s’endort littéralement sur sa tâche… A la fin, naturellement, on nous fait passer par le magasin, où le temps de présence est plus important que dans la manufacture elle-même.

Le second arrêt est une manufacture de tissage de lotus. Absolument excitant, je suis extrêmement curieuse de voir cet endroit ! Quel magnifique travail, mais encore une fois je me pose des questions. Les employés utilisent encore de vieilles machines pour tisser apparemment épuisantes tant pour les mains, les bras et même les jambes puisqu’il faut toujours “pédaler”. Au début, deux femmes assises par terre, séparent les filaments de lotus à la main. Je me demande, même si je trouve le travail fait là-bas sublime, un savoir-faire certain, si les conditions ne sont pas améliorables et s’ils ne gardent pas ces anciennes techniques pour intéresser encore plus le touriste ? Tout est exposé, ce qui pourrait être intéressant, mais seuls des touristes sont présents, et encore une fois à la fin, direction le magasin.

Salle de teinture et tissage de fibres de lotus - © dMb 2020
Salle de teinture et tissage de fibres de lotus – © dMb 2020
Une personne œuvrant sur du tissu déjà teint en rose - © dMb 2020
Une personne œuvrant sur du tissu déjà teint en rose – © dMb 2020
Une femme tente d'enfiler le fil - © dMb 2020
Une femme tente d’enfiler le fil – © dMb 2020
Teinture de tissu en rouge à la manufacture de lotus. Nous adorons cette photo, c'est pourquoi elle a deux filigranes - © dMb 2020
Teinture de tissu en rouge à la manufacture de lotus. Nous adorons cette photo, c’est pourquoi elle a deux filigranes – © dMb 2020

Alors que nous nous dirigeons vers le troisième lieu, une usine à cigare, je commence à me sentir très malade : est-ce ce tourisme qui me tord les tripes ou le soleil trop éclatant ? Je me sens tellement mal que j’essaie de m’isoler sous les gilets de sauvetage. Pareil pour cet endroit, on nous montre rapidement le travail artisanal des employés assis sur le sol à faire les cigares puis direction la boutique où toutes sortes de choses sont vendues.

Préparation d'un cigare par une femme assise au sol - © dMb 2020
Préparation d’un cigare par une femme assise au sol – © dMb 2020

Là, je me sens à la fois trop faible pour continuer mais aussi trop dégoûtée et je demande donc s’il est possible pour moi de retourner sur les berges. Aucun de ces charmants rameurs n’accepte de m’emmener à moins que je n’achète des objets du magasin ou sinon de payer un prix complètement ridicule. Nous continuons donc le parcours vers une pagode (là je suis en atonie complète quand j’apprends que c’est une pagode) où je décide plutôt de rester auprès de gentilles femmes à l’ombre qui me laissent m’allonger dans leur stand tout en m’offrant de la nourriture. Elles sont très curieuses et essaient de communiquer, d’ailleurs Somwan donne un show absolu et nous rions tous beaucoup, le tout bercé par la belle et douce mélodie de “PISSIYA PISSIYO” (cf. le premier article). Finalement, mon petit guide me trouve un rameur qui demande “seulement” 20€ pour rejoindre son groupe (allez tous boire le lac, c’est trop généreux de juste m’accepter sachant que de toute façon il a deux places de libre ?!) mais vraiment, je ne me sens plus de continuer.

Dante vient avec moi et  avant de pouvoir rentrer, ils doivent faire leur dernier arrêt à…un monastère . Et il se trouve que les personnes de notre groupe semblent très intéressées car elles prennent plus de 45min pour visiter une salle, mais je ne peux pas les blâmer évidemment. Pendant ce temps nous avons le bonheur de pouvoir jouer avec deux petits chats roux, donc ce n’est pas grave. De plus cet endroit est très reposant, au dessus de l’eau, loin des nuisances sonores.

Je suis d’une part très déçue parce que durant la suite de la visite, nous étions censés voir comment ils font pousser ces “hydro-fermes” : tomates et autres plantations sur l’eau !

Locaux rentrant du travail et de l'école sur un pont au lac de Inle
Locaux rentrant du travail et de l’école sur un pont au lac de Inle, avec au fond les fermes sur l’eau

Toutefois, aussi très ravie de rater la fin car le dernier arrêt se fait pour le véritable zoo humain, les tristement fameuses femmes aux long cous. Là, je glisse mon article sur la Thaïlande où j’explique pourquoi ce qui est montré comme une fière tradition n’est que pur business. Je me demande quel était le prétexte pour aller les voir pour le cou-p- (c’est une turlupinade).

Médicaments fournis par notre hostel, c’est trop gentil ! Même une petite bande froide pour ma température

Voilà, je pense avoir bien détaillé cette expédition, que je ne conseille pas. Donner de l’argent pour ce business est pour moi néfaste et je ne saurais que trop conseiller à chacun d’être un acteur conscient, utile et instruit dans le monde du tourisme. Chaque acte a une répercussion, quelqu’il soit.

Enfin, pour terminer, nous faisons une randonnée de deux jours et une nuit, hébergés chez une famille, toujours avec notre jeune guide. Cette fois-ci, nous dormons de façon plutôt rudimentaire chez notre hôte (ce qui nous convient) et j’ai l’impression que l’argent aide directement une famille. Mon seul regret est qu’il n’y ait aucun échange culturel : nous ne mangeons pas avec eux, nous ne partageons rien. Ainsi, nous essayons de nous incruster de force pendant la préparation du dîner.

Agriculteurs dans un champ de tabac
Agriculteurs dans un champ de tabac
Dante, Somwan et Aung, notre guide, sur le chemin du retour
Dante, Somwan et Aung, notre guide, sur le chemin du retour

Cette nuit-là, je comprends l’importance du bouddhisme, même au fin fond de la campagne : comme pendant le ramadan à Gili T, nous avons droit toute la nuit à des chants bouddhiques et ce jusqu’à six heures du matin.

Pour une autre réalité que j’avais jusqu’à maintenant seulement lue : Dante est assis les jambes allongées devant lui, faisant face au mur. L’enfant de la famille devait venir chercher quelque chose et elle s’arrête un instant en regardant Dante avant de repartir. Quelques minutes plus tard, notre guide arrive avec l’enfant pour nous dire qu’il ne faut jamais s’asseoir les pieds vers une image de Bouddha.

Vient déjà le moment de nous séparer de Somwan. Sur le départ, dans la voiture, des femmes nous donnent deux fois à manger, un “snack” traditionnel dans une feuille et la plus jeune nous  achète des crackers ! Tout le monde dans la voiture (sauf le moine…ha, ha!) insiste pour nous acheter de l’eau, mais nous assurons que nous en avons suffisamment. Je souhaite rééquilibrer la balance après tout ce que je viens de dire car, je le répète, la plupart d’entre eux sont très généreux !

Les fameux "snacks". Ca a l'air bon, mais ça ne l'est pas. Mais le geste tellement gentil que nous le finissons, toutefois, ce n'est pas compliqué de dire "non" pour le deuxième qu'elles nous proposent.
Les fameux “snacks”. Ca a l’air bon, mais ça ne l’est pas. Mais le geste est tellement gentil que nous le finissons, toutefois, ce n’est pas compliqué de dire “non” pour le deuxième qu’elles nous proposent.

Quand nous sommes arrivés à l’émigration, l’un des agents nous propose de manger son déjeuner, qui se compose de délicieux légumes frits. Quel parfait au revoir !

Ou adieu, plutôt. Après avoir été témoin de la condition du pays, très honnêtement, je regrette d’y être allée. Je m’explique : la condition du pays est d’une tristesse absolue et la dictature militaire n’est pas une “blague” ou même quelque chose qui arrive sur une autre planète. Je regrette d’avoir eu à aller dans le pays pour m’en rendre compte. Les minorités sont clairement persécutées, les citoyens très loin d’être libres. Notre société n’est pas parfaite, mais là, c’est d’une réelle dictature dont on parle. Je ne sais pas comment sonner l’alarme, mais par tous les moyens, ne donnez pas d’argent et du pouvoir à ce gouvernement. Il ne faut pas se leurrer : le peuple ne profite probablement de très peu de l’argent que l’on dépense dans le pays. Contrairement à ma décision d’aller dans ce pays, refusez de soutenir par le tourisme un pays qui, sur Terre en 2020 se permet librement de piétiner d’autres être humains, en tout impunité ! Si au-delà de mes paroles, votre souhait est toujours d’y aller, je vous en conjure, participez plutôt à une mission humanitaire ou ONG destinée à améliorer la situation.